Encore trois rangées de moellons et je ne verrai plus le sanatorium. Envisager qu'ils montent un toit m'inquiète aussi. Cette maison est construite en dépit du bon sens, un peu comme ces chalets en bois que nous batissions, enfants, en enchevêtrant des petits tasseaux. Le loup pouvait passer par là et souffler, le chalet serait tombé.

Devant ma fenêtre, les moêllons triomphants grimpent, portés par des ouvriers au teint buriné, qui s'interpellent dans une langue que je n'identifie pas.

Des norias de camions manoeuvrent plus ou moins adroitement sur le chemin pour livrer les matériaux, labourant au passage le champ qui est, lui aussi, à vendre. Le propriétaire a renforcé la cloture l'entourant hier, disant sa rage dans la force des coups qu'il portait sur les piquets pour les enfoncer.

Encore trois rangées et c'est terminé, le toit viendra totalement gacher la vue de cette fenêtre que nous avions faite percer dans la cuisine. Histoire d'égayer un peu le lavage de la vaisselle.

Je me répète d'avoir confiance, je me répète d'être ouverte et de considérer honorablement ces nouveaux habitants. La tolérance au moêllon et au crépi banalisé est une chose qui s'apprend.

En attendant, je la regarde courir dans le jardin, toute affairée à me préparer une petite soupe de ce sable jaune qui a tant amusé les enfants l'été dernier. Je la regarde s'activer, et je reste le front collé aux barres de la balançoire, alors que montent les moelllons dans l'arrière paysage.

De toute façon, il parait qu'ils vont le raser, ce sanatorium abandonné.