02 juillet 2009
J'aime les orages
Je ne vous l'ai jamais dit ?
J'aime les orages.
Temps d'attente ou les noirs nuages habitent le ciel, épais et menaçants. Grondements annonciateurs, oui, l'orage arrive.
Alors je vais chercher dans mes souvenirs d'enfance ce vieux réflexe - on rentre dans la maison, on calfeutre, on ferme les portes.
La terre, encore chaude et paresseuse des journées d'été immobiles, reçoit quelques molles gouttes tièdes. La nature fait son affaire. Alors on plie les dernières chaises longues, on abrite les pots de fleurs, on jette un oeil inquiet aux poiriers chargés. Dernières foulées d'une course contre la montre.
L'averse tombe dru, et les éclairs disent la colère du ciel. Je compte, toujours je compte 1...2...3...4... entre les grondements du tonnerre et l'éclair. Dans ma tête d'enfant, je multiplie par 100 pour avoir, en mètres, la distance à laquelle se trouve l'orage. Je me suis sentie savante, le jour où Daddy m'a appris cela.
Les orages ponctuent la fin de journée. J'aimais installer un tabouret dehors à l'abri de la porte fênêtre de la cuisine pour profiter du spectacle. Cet interstice de plaisir mouillait abondamment le carrelage, dans la maison. Mais j'en souriais.
Les orages de soirée sont savoureux. Mon père fermait les portes et tirait les rideaux. On éteignait même la télévision "si les plombs sautent", et par précaution, on sortait les lampes de poche. Où sont les bougies ? Je ne trouve plus les alumettes.
Et puis, installés sur le canapé ou redécouvrant la maison à la lueur tremblottante d'une bougie, on attendait que passe l'orage.
Et l'orage passe...
Sans oublier cette histoire étrange que me racontait ma grand mère ... Dans les plaines polonaises, il y a très longtemps, les gens ramassaient les patates par un jour de très grosse chaleur. Et puis l'orage vint. Dans la plaine polonaise, un ramasseur fut foudroyé. Alors les autres creusèrent un trou dans le champ et installèrent le foudroyé dans la terre chaude, avec uniquement la tête qui dépassait du sol, pour le ramener à lui. Et cela fit effet.
29 juin 2009
"Jazzav"
Ce sont des soirs exceptionnels. L'excitation gagne au fur et à mesure que la voiture dévore les kilomètres. C'est loin, pourtant, et la route n'est pas facile. En arrivant là bas, il fait encore jour, et les murs un peu abimés de la ville défraichie nous accueillent.
Dans la communion des mélomanes, on se retrouve tous à converger vers le saint des saints, protégé derrière les antiques maisons de la vieille ville.
Quartiers en émoi, roadies blasés avec leur pass autour du cou et des cernes sous les yeux, odeurs de kebab qu'on achète à la va-vite, tout y est pour faire monter l'ambiance.
Les rues étroites sont pleines de monde, les affiches chamarrées du festival colorent la soirée. Il fait chaud, la rumeur monte, et l'entrée vers le théâtre antique est presque confidentielle, comme perdue entre deux trottoirs. C'est pourtant là qu'on entre.
Dedans, c'est déjà plein. Aussi haut que monte le théâtre, les pierres usées par mille postérieurs sont accueillantes pour une année encore, et puis une autre. Les gens se pressent, se cherchent, les habitués ont le kit du parfait festivalier alors que le soleil est encore haut.
La scène, noire, est encore vide à cette heure et les écrans latéraux diffusent le programme, les avions en papier qui volent dans l'enceinte du festival ou les visages des plus belles filles du public.
On commente le dernier album de l'artiste du soir, on glose sur le bien fondé du Bac cette année, on extrapole, on papote de tante Germaine ... On sort ses sandwiches, on descend acheter une bière, on appelle Jean Paul qui devrait être là, déjà.
Bon enfant, pas totalement éclectique. Le public varie selon les soirs, la programmation. Les plus jeunes vont s'endormir durant le concert.
Le soleil se couche un peu, puis tout doucement, et l'excitation monte alors que le concert va commencer. Si l'on est assis assez bas dans l'arène, on peut assister au ballet des monospaces noirs, prêtés par le "partenaire du festival" qui amène et ramène les artistes sur scène, depuis leur hôtel. Eux aussi, rentrent par la même entrée, quasi confidentielle, que vous il y a quelques minutes. Et sortiront par là aussi.
Et puis souvent, la magie de la soirée opère lorsque le soleil, patient jusque là, se couche tout à fait lorsque l'artiste a entamé ses premières chansons. L'instant est court, magique tout simplement.
Et toute une arène de festivaliers sent son coeur battre un peu plus fort avec les premiers accords qui montent ...
(le meilleur toutefois, est d'assister à ce spectacle backstage, de l'autre côté du miroir, justement)
25 juin 2009
La perspective ...
Puisqu'on est dans les voyages... Il est temps de repartir. Oh non, pas tout de suite, c'est trop tôt. Une destination qui se murit, qui s'apprivoise, parce que ce n'est pas forcément celle-ci qu'on aurait, spontanément, choisi sur une carte. Mes points de chute sont le fait des circonstances. Pas de vacances minutieusement posées à l'avance. De catalogues feuilletés à en user les pages. De destination choisie avec gourmandise et luxe, comme devant la vitrine de Ladurée (alors, violette ou citron ?).
Non, mes départs sont souvent le fruit de hasards presque maladroits. Un parent expatrié, un déplacement professionnel. La rencontre entre l'opportunité et l'enthousiasme, l'occasion et le calendrier. Des cadeaux imprévus, parsemés en chemin. Ils sont d'autant plus savoureux que souvent, je n'en attends rien, rien que la pure découverte d'un endroit ou mon esprit n'a justement pas vagabondé. Pas fait de plans sur la comète et surtout, pas d'attentes particulières.
Aucune chimère ne vient alors polluer mes yeux, grands ouverts sur l'aéroport ou j'atterris, le taxi qui m'emmène à l'hôtel et la langue parfois étrangement étrangère, que j'entends.
Et à venir, succulent comme un bonbon menthe glacé, un pays suffisamment loin de mes repères. Là haut, ils sont j'imagine tous blonds et costauds. Là haut, il fait nuit ou jour 22h sur 24.
La perspective de là haut, c'est pour l'année prochaine. J'y pense déjà.
12 juin 2009
Moscou, 3 fois
J'ai 7 ans.
Les touristes Japonais me prennent en photo sur la place Rouge. J'ai beau être bien blonde, mon K-way bien rouge n'a rien de très soviétique. Savent ils leur méprise ?
On est à l'aéroport, et je ne comprends pas bien pourquoi les gens prononcent le nom de ce pays "Lûrs" alors que c'est un sigle et qu'on le prononce "Lû-èr-èss-èss".
On est à Moscou, et en sortant du restaurant de notre hôtel, un monsieur me glisse dans la main un chocolat très local. Sans doute parce que des petites touristes comme moi, on en voit peu à cette époque. Je garderai longtemps, comme un petit trésor de guerre, ce chocolat fait d'ersatz et de poussières, emballé dans on papier un peu grossier.
On est sur la place Rouge. Il y a un magasin Benetton à l'entrée du Goum.
Et puis il y a Anya, la fille de notre guide. Anya a mon age. On ne parle pas la même langue, mais on joue ensemble. Elle est encore plus menue que moi. Plus tard, on lui enverra des cadeaux, avec dans nos paquets bien garnis une pointe de condescendance "parce que tu comprends, ils n'ont vraiment pas grand chose, là bas".
J'ai 15 ans.
J'ai oublié, aujourd'hui, le nom de la ville qui nous a hébergé - mais c'est normal, c'était une ville secrète qui ne figurait pas sur les cartes.
C'est décembre, et il fait -20 le jour. Nos bagages de lycéens sont pleins à craquer de vêtements chauds que nous empilerons savamment durant le séjour dès que nous sortons, et dépilerons tout aussi savamment dès que nous rentrons dans nos chambres. Il fait si chaud, dedans.
Il est de bon ton de se faire prendre en photo devant le Mig qui orne la cour de cette Dom Otdykha, la maison de repos. Drôle de déco.
Radio Moscou égréne tristement au son d'un xylophone aigrelet (ou est-ce un Glockenspiel), les premières notes de Moskovskie Vetchera, Le temps du Muguet.
Rue Arbat - on est entre deux ères deux époques, et les braves gens bradent, sur des étals de fortune, les reliques usées des temps glorieux d'un régime politique désormais enterré. Les bustes de Lénine attendent preneurs, tout comme les uniformes de l'Armée Rouge. Ca sent le débarras, le coup de balai sur trop d'années de souffrance dont on ne veut plus. D'ailleurs, le soir, on verra en direct à la télé descendre sur le toit du Kremlin le drapeau soviétique pour le remplacer par le drapeau russe.
On est dans la salle à manger, toute soviétique, de la maison de repos, et nos fines bouches d'adolescents renâclent devant les plats de saucisse-purée que nous amènent les cantinières. Elles voient d'un mauvais oeil nos gouts de luxe tout occidentaux, alors qu'une partie du pays vit sous perfusion grâce à l'aide alimentaire américaine.
Toujours rue Arbat, nous négocions facilement avec notre maigre vocabulaire des bouteilles de vodka pour animer façon couleur locale nos soirées d'ados en mal de sensastions fortes. L'homme qui nous vend les bouteilles ouvre son manteau - ses poches intérieures en sont garnies. Ce soir là, un lavabo en faïence de notre maison de repos succombera, cassé en deux, suite à la chute d'un adolescent français imbibé de mauvaise vodka. Et je revois Alexeï, notre accompagnateur, ivre mort.
J'ai 20 ans et je regarde l'étendue de la ville devant moi depuis notre appartement du sud de Moscou. Depuis le balcon, c'est l'Université qui se détache le mieux de cette forêt d'immeubles tous semblables.
J'ai 20 ans et je peins quelques moscovites aquarelles illustrant notre séjour estival sur un cahier au papier rugueux acheté au grand magasin des enfants, le Diétskii Mir.
J'ai 20 ans à Moscou, je n'ai jamais autant eu le mal du pays. Nous faisons nos courses au supermarché local, le Leipzig, ou sur les marchés un peu sauvage qui fleurissent à chaque sortie du métro. Les vendeurs tiennent échoppe dans des containers alignés sur des terrains vagues. On sait ou trouver le meilleur fromage (importé) ou la Brynza locale, qui ressemble à la fêta.
J'ai 20 ans et je peaufine mon russe avec la truculente Galina, volubile comme une Jackie Sardou post soviétique, et l'austère Galina, aigrie et vieille fille, maigre comme le contenu de son quotidien, et grise comme la Kommunalka qu'elle habite.
J'ai 20 ans à l'Académie des Sciences à Moscou, et Galina la grise me répète "padjèch, padjèch" pour m'encourager à soigner mes déclinaisons. Le batiment ressemble à la ligne Maginot, nos profs ne parlent pas français, pas plus que les cantinières qui, chaque jour, nous servent pour une somme modique, un délicieux repas complet. Mes meilleures kotlety, pelmeny viennent de là.
J'ai 20 ans et les soirs de sortie nous faisons du stop pour rentrer dans notre banlieue sud depuis les quelques bars branchés qui commencent à émerger à Moscou. Le Krizis Zhanra en fait partie.
J'ai 20 ans à Moscou et j'accueille avec joie mon père que j'initie au fast food local, le Russkoïe Bystro, aux puces, et nous trainons comme des touristes sur la Place Rouge parmi les Cadets de l'Armée qui vont bientot rejoindre la Tchétchénie pour se battre. La préoccupation des garçons de 20 ans ici, c'est de savoir s'ils se couperont l'index droit pour éviter d'aller au front.
J'ai 20 ans et je vois mon premier opéra, Tosca, au Bolchoï. De retour en France, deux billets pour Les Noces de Figaro m'attendent. Mais l'Opéra de Lyon me semblera bien petit, en comparaison...
Aujourd'hui, j'ai 33 ans et je n'ai pas revu Moscou, depuis... Mais les notes tristes du temps du muguet, l'odeur du bus 144 sont encore bien vivaces dans mon souvenir...
11 juin 2009
"il faut cultiver notre jardin", petite chronique de voisinage
Je me remémore les regards curieux des voisins, ici, lorsqu'ils ont vu tomber les planchers usés de cette antique maison que nous venions de racheter.
Nous avons suscité la curiosité ici. Même pas voilée, les promenades dominicales de nos désormais voisins s'arrêtaient systématiquement devant notre portail miteux, le père, la mère, les enfants et la belle mère s'arrêtaient, sans vergogne, pour nous observer comme des singes au zoo. Commenter les tas de gravats qui s'accumulaient dans la cour.
A l'époque, nous prenions doucement nos marques dans ce nouvel univers loin de nos repaires urbains. Ici, le passé ouvrier, les petits jardins, l'environnement clairement rural se refermait sur nous. Nous l'avions voulu. Nous ne le regrettons pas. Ici, ce n'est pas bobo...
Parce que nous avons nous mêmes retroussé nos manches pour faire de cette maison une vraie maison, nous avons gagné le respect de nos voisins. Parce qu'ici, ils sont peu, les gens qui ont un compte en banque suffisamment rempli pour "faire faire". Ici c'est système D, les petits revenus de mes voisins sont masqués par de jolis jardins potagers. Par leurs talents de bricoleurs. Par leur pugnacité au travail, à la tâche. Ici, on ne renâcle pas. On bêche. On plante. On maçonne. Pas de place pour les ongles vernis.
Quel que soit l'âge, ici, tout le monde vit comme ça.
Et nous aussi, finalement. Peu de chantiers ont été confiés à des professionnels. Et désormais, notre potager vient allonger la liste de ceux que je croise chaque jour ici, fournissant entre autre un idéal sujet de conversation entre voisines. On soupèse tomates et salades, on partage patates nouvelles et on évalue la cloque du pêcher.
Et lorsque ce couple de quinqua fringants est venu s'installer à coté de chez nous, ils sont eux aussi passés au crible du regard des voisins. Leur maison bénéficie d'un jardin tout petit, mais superbe, garni de rosiers divers, de haies savamment orchestrées et d'un merisier à faire palir d'envie. Leur discrétion est exemplaire, mais leur intégration dans le village en patit - dégât collatéral.
Et puis, un jardin ça s'entretient. Et le leur, il demande des heures d'entretien. Mais nos quinquas préfèrent jouer la fille de l'air les weekends, papilloner dans la région et faire fi de l'entretien leur domicile. Puis faire fi des demandes de la municipalité, leur demandant un coup de taille haie de temps à autres, pour élaguer un peu. Faire fi du repos dominical ici, qui interdit comme souvent l'utilisation de la tondeuse.
C'est un peu agaçant.
Alors lorsque, totalement débordés, ils cherchent un peu d'aide extérieure et demandent qui pourrait les aider à tailler une haie dreadlockisante, venir à bout de rosiers grimpants-retombants-ébouriffants... Ils ne recueillent qu'un silence poli de la part de voisins qui entretiennent tout seuls un verger entier. Un mépris peu voilé pour un style de vie trop en marge de la norme de notre village.
Le jardinier qu'ils ont embauché pour donner un coup de frais y a passé deux jours pleins cette semaine.
Oui, ici, il faut savoir cultiver son jardin. Soi-même.
08 juin 2009
la quiétude du dimanche matin
Il aura fallu un dimanche matin un peu particulier. Un passage en ville un peu singulier. Pourquoi aller justement en ville, un dimanche matin ?
Roule, roule a fait la poussette dans la grande galerie déserte. A cette heure encore matinale, personne pour troubler ce calme parfait. Les gardes semblaient bien petits, face aux salles immenses et si claires. J'ai volontairement laissé de coté les salles XIIIème et suivantes, j'ai bifurqué lorsque les murs m'ont annoncé "XVIIIème, France".
Je connais l'endroit presque par coeur.
J'ai déambulé calmement, j'ai salué le buste de Barnave, si élégant.
J'ai encore souri devant les études d'Ingres, j'ai encore souri devant "Flore caressée par Zéphyr", puis j'ai poursuivi au fil du XIXème, laissé Fantin Latour, Delacroix et Renoir... Le petit Nu au fauteuil rouge était toujours là, toujours aussi simple.
Et tellement de nouveautés dans l'immense galerie du XXème siècle... Tellement de surprises et de découvertes ... Chagall a de nouveaux compagnons désormais, ainsi que Derain. Rien de neuf chez Picasso, pas plus que chez Matisse, quoi que...
Et puis comme mon accompagnatrice, du fond de sa poussette, commençait à troubler le silence bienveillant du musée, nous avons haté le pas à travers le XXème siècle, après 1960. Gilbert and George toujours en prêt, et Jackie Kennedy fidèle au poste.
J'ai retrouvé la galerie principale, les visiteurs un peu plus nombreux en cette journée d'élection, pour rentrer sereinement chez moi, retrouver l'ouragan des dimanches matins après cette tranche toute égoïste de quiétude matinale.
C'était bien...
28 mai 2009
quart d'heure faillotage...
Parce que ce matin, j'ai ouvert mon tiroir et je suis tombée sur ces jolies petites choses...
Voila comment ses choix à la boutiquette se retrouvent dans mes affaires.
(et aussi un peu grâce à elle)
(vous excuserez la médiocrité du graphisme et la piètre qualité de ma photo. Montage fait à la 6-4-2)
20 mai 2009
l'art de la transmission ou "grandir sans"
Grandir sans.
Sans oreille attentive à mes amourettes d'adolescente.
Sans regard bienveillant sur votre corps qui grandit et se transforme.
Grandir sans conseil pour choisir mon premier soutien-gorge.
Sans virées shopping.
Sans coup de fil assomant.
Sans invitation pour le gigot du dimanche.
Sans soutien, conseil ou guide pour ci ou ça.
Grandir sans partager sa garde robe à elle.
Sans pouvoir la voir en miroir. Me comparer à elle.
Je l'ai déjà dit - sur les photos que j'ai d'elle, je suis désormais plus vieille la plupart du temps.
Maintenant que j'ai une fille, j'espère que je serai là pour elle pour tous ces moments là - ceux ou j'ai fait sans.
Mais c'est vrai, je n'ai pas grand chose à transmettre. J'ai tout à créer.
"Tu verras, la relation mère-fille ça peut être génial, on partage plein de choses".
J'espère bien...
Et merci, MERCI de tous vos petits mots... Celles que je connais, celles que je ne connais pas, celles que je découvre petit à petit, et chez qui je n'ai pas encore le temps d'aller ...
05 mai 2009
La sage-femme était un homme
"Bonsoir, je m'appelle Mathieu et je suis votre sage femme pour la nuit" me déclare t il tout doucement.
Bonsoir, il semble que je vienne accoucher, et ça semble imminent...
15 minutes plus tard, une nouvelle petite vie arrive dans mes bras.
Elle est très mignonne et risque de me tenir éloignée d'un ordinateur quelques temps - mais vous comprendrez sans doute.
A très vite.
02 mai 2009
Arrosage automatique
En cette fin de journée de premier mai, il régnait une ambiance un peu spéciale dans notre jardin tout neuf. D'abord, la journée s'était étirée sous un frais soleil de printemps, un air limpide et craquant, pas de ceux qui annoncent les grosses chaleurs. Non, l'air "brisk and crisp" avait rapproché les deux versants de la vallée, amenant tout proche de nos yeux le glorieux vert des fiers bourgeons sur la colline pomellée.
Les allers et retours entre l'intérieur et l'extérieur de la maison avaient été innombrables, toutes portes ouvertes entre deux courants d'air. Le programme était sciemment allégé, pas de gros impératif, travail d'Hercule, désherbage rébarbartif ou plantations difficiles et urgentes. Non, aujourd'hui, on ferait à notre guise, selon les envies.
L'apéritif, pris sur les chaises longues devant la maison avait un gout particulier, on testait ce nouvel environnement extérieur pour voir quels endroits se prêtent mieux à savourer le temps. Les projets s'ébauchaient.
Signe du premier mai, le village semblait s'être vidé de ses habitants, nous laissant comme les gardiens du phare en pleine mer. Peu d'enfants, aujourd'hui, ont remonté et descendu le chemin à toute allure, perchés sur des vélos ou des rollers. Peu de ballets de voitures, également. Le bleu insolent du ciel avait gagné, personne n'avait sorti sa tondeuse à gazon, personne ne taillait ses haies - à croire que le jour de repos était vraiment respecté, ici.
Et puis à l'heure ou décline le soleil, pour vite aller se cacher derrière un pan de montagne, il était temps de mettre en marche l'arrosage automatique. La pelouse a encore besoin d'un bon coup de pouce pour verdir ce jardin tout neuf.
Le gracile jet d'eau balayait en silence l'étendue terreuse, et il me vint à l'esprit qu'ici, tout n'était que "luxe, calme et volupté", dans ce jardin ex-friche chaotique et incertaine, promis à un bel avenir bourgeois. Chaises longues, gravier et arrosage automatique dans la fraicheur de cette fin de journée sur fond de colline verdoyante m'éloignaient d'un monde tumultueux, inquiétant pour me loger dans une bulle, une parenthèse un peu enchantée et hors du temps, silencieuse comme le reste de cette journée...
Juste regarder ce jet d'eau arroser sagement le jardin, et se dire que ces toutes petites choses sont précieuses, très précieuses...
