04 juillet 2008
Wolfgang Laib
Dans la grande salle toute blanche au sol gris clair, nous observons ce petit bonhomme chauve au visage de grand mère. Kurta blanche, pantalon écru et chaussettes immaculées, il accomplit le geste d'artiste devant nos yeux.
Patiemment, religieusement, il éxécute l'oeuvre sous nos yeux, dans un silence troublé uniquement par le crépitement des appareils photos et la ventilation.
Instant de sérénité totalement déconnecté du monde où nous étions il y a encore quelques minutes, nous observons Wolfgang Laib constituer une pierre de lait.
La plaque de marbre blanc, par terre, est bientot recouverte de lait. Ses gestes sont précis, minutieux, il laisse couler le liquide sur la pierre et finit de l'étaler avec son doigt. Il accomplit son geste, monacal, ne laisse aucune parcelle de marbre vide.
Sortis de nos bureaux le temps d'une matinée, suspendus aux mouvements tout mesurés de l'artiste "inclassable", nous le regardons transformer une pierre en miroir blanc.
Je m'imprègne un peu de sa démarche, je m'imprègne un peu de sa vision, je m'imagine chaque matin, d'un doigt patient, étaler du lait blanc sur une plaque de pierre, liant ainsi l'élément organique et l'élément minéral le temps d'un instant hors de toute chronologie, hors de tout.
Le résultat de l'oeuvre, en lui même, restera opaque à tous les visiteurs qui n'ont pas assisté à cet instant hors du monde ou presque, où l'artiste va chercher le divin, ce qui nous dépasse.
Parce qu'après tout, avec quelques litres de lait on pourrait nourrir des enfants qui en ont besoin, et tout ce riz étalé par terre ferait certainement envie aux affamés en ville...
J'imagine ce soir, le vernissage officiel de l'expo, ou petits fours et conversations mondaines vont se mêler aux petits tas de riz bâtis patiemment dans la plus grande salle d'expo. JE doute que Monsieur Laib apprécie ce genre de mélange, mais c'est aussi ça la vie d'artiste.
Wolfgang Laib, à voir au Musée de Grenoble jusqu'au 28 septembre.
22 minutes et 13 secondes
C'est le temps qu'il faut pour mettre fin à 6 ans de calvaire et d'emprisonnement.
Le monde entier la salue, Bienvenue, Ingrid.
01 juillet 2008
Juste pour le plaisir ....
Découvrez Lou Reed!
Parce qu'il est 22h20 ...
Mode d'emploi :
s'installer au calme et au frais, si possible.
Un hamac, le soir, dehors, c'est parfait. Tout autre équipement s'en rapprochant fera parfaitement l'affaire.
Personnellement, je rajoute un chèche autour du cou, mais chacun fait comme il souhaite.
Regarder les étoiles, de préférence, mais tout autre paysage qui prête à rêver fera l'affaire.
Seul(e), c'est bien, mais avec des amis proches, ou un amoureux, c'est pas mal non plus.
Lou Reed pas trop fort, juste ce qu'il faut.
Bonne nuit...
30 juin 2008
Jour de Fête
Hier c’était fête dans une rue adjacente à la mienne. L’invitation, posée dans la boite aux lettres il y a quelques semaines déjà précisait d’amener le pique nique, les boules de pétanque, la bonne humeur et des chaises.
Lendemain de kermesse d’école, les parents fatigués avaient toutefois installé la grande tonnelle tout contre la grange de Laurent, les tables en plastique blanc s’étaient vues recouvrir de restes de nappes en papier de la veille, toujours la kermesse.
Vers midi, tous les voisins sont arrivés. Les glacières, les shorts et sandales en mousse étaient de sortie. Le lavoir a vite été rempli de bouteilles en tout genre, vite rafraichies par le glouglou des sources.
La rue a résonné de rires, les enfants ont couru partout… Les plats de charcuterie, pain maison, cakes salés et quiches froides se sont passés de main en main, le verre en plastique rempli de rosé toujours à portée. On a fini par s’asseoir, après avoir fait connaissance « vous êtes où ? » « alors nous, c’est la maison à côté de… »
On a partagé les salades de tomate, encensé la recette de Dominique, fait passer les plateaux de fromage, disputé mollement les enfants, en sous vêtements, qui s’éclaboussaient un peu trop dans le lavoir…
Laurent devait faner. C’est dimanche mais les champs n’attendent pas. Il a quitté la table, suivi par quelques autres … Tous sont partis en camion sous les saluts, 100 bottes à ramasser, ça ira vite. Ils seront rentrés pour la fin de la pétanque.
La pétanque, tiens, s’organise dans la cour chez Nicole. Le vieux portail en fer est tellement rouillé qu’il reste éternellement ouvert. Les chiens font la sieste et ne sont dérangés que par le bruit sec des boules tapant l’une contre l’autre. Les enfants ont investi les jardins environnants, allant d’un tracteur au portique, passant du bac à sable au lavoir. Pour remplir les pistolets à eau.
On ne fera pas la sieste, aujourd’hui.
Après une goutte de gnole « bien fruitée, hein », on range un peu.
Les voila mes voisins. Simples, rigolards, des gens que je croise chaque jour dans la rue. Je tente de rattacher les enfants aux parents présents, identifier qui habite ou et qui est le frère de qui. On se tutoie, on rit un peu fort. Pas de chichi avec ces gens là, ils sont ici comme ils seront en vacances, ou plutôt en « vaquinces » comme on prononce ici. Pardonnez la transcription, je n’arrive pas à trouver une orthographe correspondant à la prononciation.
Laurent rentre des foins, les gars qui l’accompagnaient sont torse nu et plein de brins de paille. Ca gratte, c’est sur. Ca ressemble à un paysage d’avant-guerre ou presque, ces banquets campagnards. J’ai beau savoir que ça existe ailleurs, je suis très heureuse d’en avoir un, ici chez moi, et d’y assister. Même si on me traite de bourgeoise avec ma vaisselle en porcelaine et mon rosé dans mon verre à pied.
27 juin 2008
Un pays comme un autre
Ce matin, Bernard Guetta dressait sur France Inter le bilan de l’année géopolitique. Loin d’insister sur les catastrophes qui nous menacent chaque jour, il peignait un tableau en demi-teintes d’un monde dans lequel l’espoir est permis. Certes, il y a Obama, adulé du monde entier, certes il y a Medvedev, qui a l’air de vouloir changer la Russie à petits pas.
Tiens, la Russie. Il en parlait comme d’un pays en voie de normalisation, et je mettais ses mots en parallèle avec mes souvenirs. Aujourd’hui, à en croire Bernard Guetta, la classe moyenne émerge et prend les rênes de l’économie, cette classe moyenne n’a pas ou peu connu le communisme, elle n’est donc pas enchainée à ce passé glorieux et douloureux. Oui cette Russie a mon age ou presque, elle vie sans doute dans des pavillons, ceux que je voyais en construction il y a 12 ans. Les panneaux devant les chantiers proclamaient fièrement « cottages ». Terminées, les « Khrouchtchoby », les cages à lapin soviétiques construites à la va vite dans tout le pays sous Khrouchtchev.
Oui cette Russie là a internet, communique avec le monde, et si les babouchkas ont sans doute encore leurs fichus aux couleurs vives sur la tête, peut être sont elles moins nombreuses à vendre du khleb (pain) à la sortie des bouches de métro. Peut être tout simplement cette génération là trépasse doucement et en silence.
Peut être qu’à Moscou, les bâtiments sont moins lépreux qu’en 1996 et la Mafia moins voyante… Je me souviens encore de faire un écart sur le trottoir pour éviter cette énorme Mercedes 600 stationnée en bas d’un immeuble. Les hommes, tous de sortie avec le holster à peine caché sous leur veste, guettaient d’un air tendu les environs. Le règlement de compte avait sans doute lieu à l’intérieur, dans un appartement encore très soviétique, de bric et de broc. A cette époque, j’avais le sentiment de rentrer malencontreusement sur une scène de tournage de film noir.
Les Russes aujourd’hui j’en croise tous les jours ici. Ils ne ressemblent plus aux Russes d’il y a 10 ans, maladroits dans leur style vestimentaire, attifés de manière grotesque et tellement avides de tout ce que l’ouest apportait.
Au magasin Leipzig de mon quartier, les banques frigorifiées présentaient si peu de produits russes et tellement de confitures allemandes. Peut être que l’appareil de production s’est aujourd’hui un peu normalisé. Si l’on tait les sous marins nucléaires qui pourrissent tout doucement dans l’eau des ports septentrionaux, peut être que la Russie a vaincu ses démons de « T.S.S », Tout Sauf du Soviétique.
Peut être que les rescapés de la guerre en Tchétchénie sont mieux traités, et n’errent plus comme des âmes damnées dans les couloirs du métro moscovite, à la recherche d’une bouteille de vodka pour oublier leurs peines.
Oui, il semble que la Russie a changé. Je ne l’ai pas vue, j’aimerai la voir. Savoir si elle est entre les mains de jeunes adultes à la mémoire vierge, comme ce petit garçon qui jouait du violon dans les couloirs du métro. Il arborait des bleus au visage, un air farouche et un regard plein de colère et de crainte. Les sons imparfaits de son violon arrachaient des larmes aux passants, qui lui donnaient modestement quelques Kopecks pris dans un porte monnaie déjà bien plat.
Ce petit garçon, Cosette slave, s’il est toujours là, vit il désormais dans un pays comme les autres ?
J’aimerai bien.
26 juin 2008
Super Profil !
Super profil...
C’est comme ça que la consultante en recrutement clot l’entretien. J’ai un super profil.
Je viens de passer 4 heures face à un ordinateur pour passer des tests. J’ai répondu à toutes sortes de questions, des plus bêtes aux plus sournoises, je viens aussi de passer du temps face à un être humain qui a décrypté ce qu’a dit l’ordinateur.
L’ordinateur a dit « super profil ».
L’ordinateur a aussi dit que mon niveau d’anglais est Very Advanced. A en croire la consultante en recrutement n’avais jamais vu ça, à son bureau. Petit moment d’émotion dans le cabinet de recrutement, ils ont trouvé un Very Advanced Level In English. Je rentre, à l’insu de mon plein gré, dans leurs stats, comme la « candidate du mois ». Celle qui a décroché le Very Advanced.
Damned.
Voila. Une demi-journée pour conclure que j’ai un « super profil ».
Cela fait 10 ans cette année que je travaille. Cela fait 10 ans, ou presque, que j’entends que j’ai un Super Profil.
Ce n'est donc pas une découverte, ni une révolution, ce que dit l'ordinateur.
Maintenant, savoir à quoi sert ce super profil, comment utiliser ces -apparemment- super compétences, c'est un autre sujet.
Large et vaste.
Mais, c'est l'ordinateur qui l'a dit, hein.
20 juin 2008
Summer Sun
Découvrez Leo Sayer!
Ca y est, il semblerait que l'été est installé ici. Montagnes brumeuses, flou allant du tiède au brûlant, la ville s'apprête à accueillir les chaleurs estivales sur ses pavés chauffés par un soleil trop étouffant. Eté, saison que je supporte sans l'apprécier, rentrant la tête dans les épaules pour fuir le plus vite possible cette chape : je ne suis pas faite pour le soleil. Période ralentie pour tous, on arbore des bras encore blancs et on sort les tongs dans les bureaux.
Et puis c'est le grand départ, 15 jours au bord de la mer dans une location trop petite, parfois un peu kitsch. Tout le monde n'a pas la chance d'avoir une résidence secondaire.
On avalera des kilos de salade de tomate mozzarelle, on machera sans fin des brochettes définitivement trop cuites, les peaux gâvées de crème solaire exhaleront le sucré, le sel et la sueur. Les livres de poches, polars d'été, seront cornés, usés à force d'être emportés dans des cabas en plastique entre la plage et la terrasse.
On appréciera ce repos annuel, lunettes de soleil un peu grasses et verre de pastis à la main, là ou la condensation mouille nos mains, vite essuyées sur un short. Les enfants casseront des seaux en plastique faits en Chine, couleurs criardes sur le sable, petits pâtés imparfaits dont ils sont si fiers.
Les voitures étoileront leurs moquettes de grains de sable, on fera aussi la queue au supermarché de Leucate ou ailleurs, tout comme on le faisait en banlieue le reste de l'année. La seule différence, le rosé dans le caddie et les glaces qu'on ne compte plus.
Oui ma vision un peu Martin Parr-esque des vacances estivales fera sourire ou provoquera critique... Peu importe, je savoure chaque été le fait de rester travailler, d'être encore un peu à contre courant et partir ailleurs et plus tard.
Et puis ce sera la sortie du Elle de rentrée "perdez vos kilos de l'été". Et on recommencera ...
19 juin 2008
Morning Commute...
Découvrez MGMT!
Le matin désormais, je reprends ma voiture pour aller grossir les files d'embouteillages qui se dirigent vers la Ville.
Et le matin, je mets MGMT en boucle comme une intraveineuse d'énergie (merci Chacha !!)
Et là, les mots me sautent aux oreilles alors que Time to Pretend est "légèrement" trop fort à mes oreilles.
It's our decision, to live fast and die young
Je regarde la pochette du disque. Et si ces deux adolescents disaient vrai ? Brûler leur vie par les deux bouts ? Tout quitter pour appuyer sciemment sur un accélérateur qui les propulsera une fois, une seule, contre un grand mur ?
Au moment ou je termine de lire quelques articles égarés sur 68, la société révolutionnée, les vieilles valeurs parfois bazardées, et des icônes comme Janis Joplin ou Jim Morrisson... Je réalise le gap qui nous sépare...
It's overwhelming, but what else can we do ? get jobs in offices and wake up for the morning commute ?
Oui, c'est ce que je fais. Un boulot dans un bureau et ma voiture le matin, pour aller grossir les embouteillages de l'autoroute.
C'est comme ça, loin des soulèvements de mes ainés, de la génération de mes parents, j'entretiens comme beaucoup un rythme de vie sage et ordonné, un modèle familial très simple et très traditionnel.
Lets make some music, some money, find some models for wives [...]
the models will have children, we'll get a divorce, we'll find more models,
Everything must run its course...
Oui, la roue tourne, et la vie dans cette chanson ne vaut pas plus qu'un rond de fumée, pourvu qu'on la consume vite. Ce n'est pas ce que j'ai appris, et ce que je transmets.
And that will be the end ...
Est ce que chaque matin, à chaque pas que je fais vers un quotidien qui a la valeur que je lui donne, je croise des gens qui ont peut être choisi ce destin ?
Et pourtant, j'écoute Time to Pretend en boucle...
17 juin 2008
Trio moins un
Hier, ils ont écorché son nom, à la radio.
Hier, dans les brêves de France Info, entre Youssef Chahine à l'hôpital et les enjeux de l'Euro, ils ont placé qu'Esbjörn Svensson est mort.
Quelle idée, de s'appeler Esbjörn Svensson.
Quelle idée, de mourir bêtement d'un accident de plongée.
A 44 ans.
Ce suédois chauve à l'air vaguement viking était le pianiste, ô combien talentueux, d'Esbjörn Svensson Trio. E.S.T. pour les habitués. Un jazzeux scandinave tout en nuance et retenue.
Plutot que de glauser longuement sur son talent disparu, je vous laisse découvrir cela par vous mêmes. Ici
(un de mes derniers posts était illustré musicalement par un de leurs morceaux...)
Et ce soir, il pleut encore dans ma vallée, et ça va bien avec la disparition de ce monsieur dont la musique résonne tellement pour moi.
13 juin 2008
Il est temps que je vous parle ....
Découvrez Kevin Shields!
Ce matin, en rangeant intensément ma bibliothèque, je suis retombée sur des photos poussiéreuses. Le paquet était imposant, j'ai donc pris un instant pour les regarder. 2005, mois d'août.
Le voyage était prévu de longue date, il avait fallu s'organiser, poser presque 3 semaines de congés. Eplucher le net à la recherche des meilleurs tarifs pour les billets d'avion. Demander des visas et envoyer nos passeports à Paris. Les récupérer avec un joli sticker estampillé à nos noms, et plein de caractères illisibles. People's Republic of China. Echanger de nombreux mails pour l'organisation sur place.
Et au terme d'un tumultueux voyage, Pékin était là. Humide, très humide et bien trop chaud pour mes gênes de blonde à peau très claire. Très bruyant et trop pollué, nous étions déphasés dans cette mégalopole en constant changement. Déjà les bulldozers s'attaquaient aux Hutong, ces vieux quartiers, défigurant à jamais la ville et la privant de son passé. Tout cela au profit des installations olympiques.
Grouillante ville, ou tout le monde vit jour et nuit, où il faut se battre pour garder sa place au guichet de Beizhin-zhan la gare centrale. Incroyable Pékin, où je me laissais guider dans un épaix brouillard sur la place Tien An Men, sévèrement encadrée par les colossaux batiments soviétiques.
Et puis nous visitâmes aussi Xi'an, la provinciale et ses 7 millions d'habitants, son éternelle poussière et un des chocs de ma vie en arrivant de l'aéroport de nuit. Oui, les gens vivaient vraiment dans ces garages crasseux, tenant boutique jusqu'à point d'heure. Après un frisson que je qualifierai de choc des cultures, j'ai eu beaucoup de plaisir à m'attabler à un bouiboui, sol en terre battue et nappe en plastique, lumière crue d'un néon se reflétant sur des murs d'un blanc sale... Pour déguster des brochettes mongoles de boeuf, certaintement les meilleures de ma vie. Wong Kar Wai aurait aimé filmer là.
Puis ce fut le grand départ pour les premiers plateaux du Tibet, en passant par l'inqualifiable Lanzhou. Arrivée en train aux toutes petites heures du matin après un voyage de 10h assis sur des bancs en bois, l'occidentale indécrotable que je suis goutait aux joies du dépaysement. Aujourd'hui, lire dans Le Monde 2, par exemple, les articles sur ces villages chinois aux populations infectées par les trop plein de plomb, cuivre et autres métaux, me rappelle qu'à Lanzhou la ville est noire d'aciéries, de charbon et d'industrie. L'usine du monde était là, je l'ai vue.
Enfin, Xiahe (ça se dit chia-rheu), à 3000m d'altitude, bourgade de pélerinage aux confins de la Chine et du Tibet. Pléthore de moines, soleil cru, impossible de réaliser qu'enfin c'est moi qui suis là. Les plus belles images du National Geographic, de Geo et de Yann Arthus Bertrand sont là sous mes yeux. Le spectacle est là, il suffisait de s'asseoir sur un trottoir et voir la journée défiler ici. On respire moins bien, l'hotel n'a d'eau chaude que 3 heures par jour mais une sérénité inégalée englobe la ville.
Nous arpentons la ville dans tous les sens, passant des quartiers musulmans aux quartiers bouddhistes par le chemin de pélérinage, nous faisons des overdoses de moulins à prières et de Potala, nous sommes ailleurs, loin de France, ici ou rien n'est comme chez nous, ni les gens, ni les maisons, ni le calme unique.
Une randonnée encore un peu plus haut, vers 3500m de hauteur nous fait approcher du paradis. S'il y en a un, les collines de Xiahe en sont l'antichambre. Collines et vallons verts, à perte de vue, air limpide, on touche le ciel à chaque instant, et marchons de crête en crête en ayant la sensation très palpable de vivre des instants tellement uniques.
Un des secrets du monde, pour moi, est à Xiahe. Depuis que le monde existe, il y a ici des Tibétains qui vivent jalousement de ce monde si beau, des Tibétains qui ignoreront sans doute toute leur vie ou se trouve ma vie à moi, mes villes, mes objets. Toute leur vie, ces gens là vivront burinés de naissance dans ce ciel immense, ce silence paisible qui n'existe que là haut, à 3500m d'altitude.
Et moi, qui par hasard ou presque passais par là, je découvre une espèce d'éternité immuable, quelque chose que l'on touche du doigt une fois dans sa vie et dans des endroits si improbables. A 10 000 km de chez moi.
La redescente sur terre fut un peu difficile, les repères de la civilisation chinoise revinrent un peu brutalement, bruyants et chatoyants, poussiéreux et souriants, comme autant de signes que ma vie n'était pas là haut.
Mais un instant, tout en haut des collines, le temps s'était arrêté pour de bon. C'était merveilleux.
PS : si vous avez des souvenirs de voyage uniques, j'adorerais les lire dans les commentaires ...


