(attention, post tendance Francis Cabrel...)

Branlant assemblage de planches de bois, debout depuis plus de quarante ans. Patinées, grisées, toujours debout en dépit des saisons et du temps qui peu à peu, modifie le village.

Devant ma fenêtre, tous les jours, les deux portes battantes ne s'ouvraient qu'épisodiquement, lorsque le propriétaire se souvenait d'y ranger quelque bazar. L'espace s'est graduellement rétréci autour de la cabane. Le cerisier a été coupé pour laisser la place à une maison. Puis le pommier a été coupé pour laisser la place à ... Une autre maison. Fiertés  des familles, une rangée bien maigre de moellons qu'une vie suffira à peine à payer. Les crépis clairs se sont rapprochés de la cabane. Lui ont fait de l'ombre. L'année dernière, ma voisine y plantait ses derniers tournesols, sachant que le terrain serait prochainement vendu.

Ce matin, un gaillard en tee-shirt publicitaire est venu. Bras à l'air, armé de son pied de biche, il a entrepris de déclouer les toles ondulées qui faisaient office de toit. La cabane fut bientot étêtée. Dénudée. Chauve. Ce midi, les deux portes en bois étaient par terre. Autour, on m'a dit qu'ils projettaient de revenir cet après midi et tout emporter, pour mieux le bruler ailleurs. Il ne faudrait pas noircir les crépis tout neufs.
Tels des nécrophores, une fois que le tracteur destructeur eut tourné les roues, nous nous empressâmes autour des ruines de ce qui fut jadis, le repère des enfants. Plus de quarante ans. Le bois était bien pourri, mais j'ai récupéré des planches. Les clous tiennent encore. Cette cabane a vécu plus que moi. Une fois lavées, les planches feront un bel encadrement de miroir, ou un pied de lampe, qui sait.

Parce que je ne sais pas tourner la page totalement des objets qui ont vécu là, avant moi. Ici, les jeunes qui s'installent préfèrent le crépi bon marché et le carrelage même à l'étage. Ca sent le neuf.