Samedi, fin d'après midi. Il fait encore bon et demain, on annonce la pluie. Pour occuper le temps mort qui se profile là, tout de suite avant le grand raoult du début de soirée, nous partons faire un petit tour en vélo.

Nous sommes tous les quatre, sur l'unique voie carrossable pour les vélos, elle traverse le chemin de fer. L'attraction, c'est lorsque les barrières se ferment en indiquant le passage immmmmminent d'un train. Ca tombe bien, voila la sonnerie rituelle annonçant le convoi, nous appuyons un peu sur les pédales pour nous approcher du spectacle. Bien sur, nos enfants reçoivent le message à chaque fois : il est pire qu'interdit de traverser cette voie ferrée lorsque le feu est rouge.

Alors nous patientons devant les barrières fermées, nous patientons. Encore un peu. Nous regardons d'où peut venir le train, lançons quelques paris pour occuper le temps mais le train ne vient pas. En revanche, une voiture s'est arrêtée derrière nous. Deux hommes à bord, avec une bouteille de bière. Ils attendent, comme nous, puis sortent de voiture. Ils cherchent comme nous, d'où vient le train. D'où pourrait venir l'incident, même, puisque ce train n'arrive toujours pas. Silencieux, impassibles, les sémaphores continuent leur clignotement. Les barrières sont baissées.

Les hommes retournent dans leur voiture. Je les trouve un peu antipathiques. Au bout de cette route qui croise le chemin de fer se trament parfois des trafics un peu chelou, des courses de moto pas très raccord avec la loi ou autres petits arrangements discutables avec la législation en vigueur.

Leurs vitres sont baissées, nous ne nous parlons pas. Nous attendons toujours le train.

Le conducteur, sans doute agacé par l'anormalité de la situation, décide d'agir. Il pourrait faire demi tour éventuellement. Non, il veut passer. Je lui bouche le chemin, sur mon vélo. J'ai un tout petit enfant sur mon porte bagage.
Il klaxonne, et lorsque je me retourne, me signifie de la main de dégager le passage. Un peu interdite, je m'exécute. Alors il slalome entre les barrières et passe, traverse le chemin de fer.
Ma bonne éducation est choquée : on peut demander les choses poliment.
Mon monde de bisounours valdingue : la vie de ce mec est elle rythmée par tant de grossièreté, d'aggressivité qu'il se sent dans l'obligation d'être rustre à tout instant ? Parle t il comme ça à son inspecteur des impôts ?

Aurai-je du lui asséner quelques gros mots pour lui signifier mon mécontentement ? ("on demande poliment, connard"). Et si oui, qu'aurait il fait, en présence de mon amoureux, de nos enfants ? Face à un train qui n'arrive pas, sur un croisement de chemin de fer en rase campagne... ? Aurait il souhaité exprimer sa supériorité sur ma petite personne en renversant mon vélo, en me braquant avec un flingue ? D'autres choses fusent : m'a t il ordonné ainsi parce que je suis une fille, jusqu'ou serait il allé ?

et vous, qu'auriez vous fait ?

(cerise sur le gateau, alors que nous continuons à attendre ce train qui arrive finalement par la droite, à toute, toute petite vitesse: une petite moto, du genre de celles que l'on pilote à un age très précoce, dès que la testostérone dépasse les doses raisonnables, a également traversé les rails malgré les feux clignotants et le train à l'approche. Rassurez vous, ils n'étaient que Trois dessus, et un seul était casqué. La prudence a du bon.)