"I hate my job, but I love the gossip".

C'est ce qui est écrit sur le mug que j'avais au travail. On avait tant ri le matin où le paquet cadeau s'était retrouvé sur le gris impersonnel de mon bureau, au milieu de paperasse d'une valeur toute relative.

Elle était clairvoyante avec ce cadeau, me renvoyant au cliché que je fuis par dessus tout.

Ami du rituel matinal, le mug a accueilli toutes sortes de thé pendant ces quelques mois. Son intérieur a pris cette teinte que les rinçages presque quotidiens n'ont pas effacé. A la fin, il était bien dégueulasse.

Lorsque l'annonce de mon départ a été faite, j'ai mentalement fait le tour des objets à emporter avec moi, ces fragments de maison qui s'étaient expatriés, souvent par erreur, dans l'ambiance très variable du bureau.
Le mug de la secrétaire choucroutée a bien sur fait partie du lot, il m'était impossible de le laisser. Après tout, il méritait bien un passage au lave vaisselle, une toilette de printemps.
Il avait assisté à tant de scènes de lassitude, tant de conversations où l'on se perd en conjectures, avalé tant de vocabulaire spécialisé et encaissé tant de litres de thé.

Vendredi soir, après avoir mis les tulipes dans un vase et remisé ma vie professionnelle au placard pour un temps, il a trouvé sa place dans le lave vaisselle. La secrétaire choucroutée et ses ongles vernis a sans doute du refaire son brushing une fois le lavage fait, mais l'intérieur conservait ces marques brunes, stigmates ineffaçables de ce passage de ma vie. Bizarrement il a trouvé une place dans l'armoire, à coté de la porcelaine de famille et des serviettes en papier. Un peu erreur de casting.

La secrétaire aux couleurs criardes m'a accompagné hier pour un thé dans le jardin. Cette fois elle n'a plus à détester son boulot. Il n'y a pas vraiment non plus de gossip, pour l'instant.