26 novembre 2009
(...)
Je n'ai pas, à proprement parler ... Disparu ...
Même si mon silence laisse à penser le contraire, je suis toujours physiquement présente sur la terre.
Mais les journées n'ont aucun sens (ou plutot en ont mille) et les soirées n'ont ni queue, ni tête.
Mon blog est loin, vos écrits aussi -
J'attends juste que, peut être, les choses reprennent un cours "normal", là ou respirer n'est pas optionnel.
Et je reviens.
12 novembre 2009
Impalpable
Depuis quelques temps déjà, je m'interroge sur le rythme de nos vies. De la mienne. Les mots "courir tout le temps" ont pris corps, à cent pour cent, comme un spi totalement gonflé par le vent, au bord de la rupture.
C'est aussi comme cela qu'est mon quotidien, au bord de la rupture - rupture de stock dans le frigo, rupture de vie sociale, rupture de patience envers les enfants, rupture de vie sentimentale, rupture de responsabilités. Rupture de sommeil.
Rien n'est très satisfaisant, finalement. Je rentre les épaules et accepte ces années. Je me nourris frugalement de l'impalpable beauté des instants uniques de chaque jour.
Les sourires du bébé lorsqu'elle me voit.
La complicité lentement tricotée à mailles serrées avec son frère, prenant une voix de fausset pour s'adresser à sa cadette.
Les mots nouveaux d'un enfant avide d'apprendre.
Les fous rires déclenchés par son impertinence.
Les premières clémentines de la saison, bonnes, cette fois.
Des rencontres arrachées à l'agenda.
Une bonne nouvelle, quelle qu'elle soit.
Un rayon de soleil rasant en fin d'après midi.
Un mail, des mails d'amies chères.
Une découverte musicale qui colle à la saison.
Le temps passe si vite, laissant si peu de traces dans nos journées hyper chargées. Remplies de trop peu d'importance et qui pourtant, "nourrit son homme".
Des instants de satisfaction, sinon de bonheur, fugaces et impalpables. Intraçables. Des toutes petites choses qui viennent relever une journée incontrolable. Du pur instantané qui ne laissera pas de marque très profonde dans les mémoires. Sinon pour dire, plus tard "tu te souviens, ces années là, on était heureux, finalement".
02 novembre 2009
Timbales
Frotte frotte. Vieux chiffon doux, torchon abîmé imprégné du lait Miror café au lait. La grisaille part, l’oxyde jaune pisseux s’en va. Frotte encore – l’éclat métallique très gris de l’argent ressort enfin.
Sous l’ampoule de la cuisine, la petite armée de timbales renaît de ses cendres. Pas deux pareilles, non. La plus brillante pour un petit bébé très gâté dès sa naissance, ses initiales gravées à l’ancienne dans l’argent rutilant. Celle de son aîné, masculine, cossue, qui porte son prénom. Petit objet sans age, mais pas encore cabossée.
Cette timbale là côtoie celle de l’aïeul, cabossée mais ô combien présente, patriarche disparu qui utilisait son enfantin gobelet à chaque repas. Il aimait y mélanger son vin avec de l’eau, prénom désuet gravé là encore. Ciselée et précieuse, jamais je ne l’ai vue oxydée de son vivant. Un temps, elle s’est éteinte avec lui, et lorsque le temps s’y prête, je la frotte encore en pensant à ce grand-père.
Duos osés, générations bousculées, mélange incongru des vivants et des morts … Sur le bord de mon évier, l’étrange famille des timbales en argent s’invite en ce jour de Toussaint. Drôle de manière d’évoquer les disparus, de penser aux vivants.
Frotte encore, les initiales gravées si maladroitement sur celle-ci, bien modeste à coté de sa voisine, à l’image de leurs propriétaires. Et celle si difficile à nettoyer de l’homme qui naquit en temps de guerre. Choix des modèles restreints, elle est simplissime.
La mienne, si étrangement ressemblante à celle de mon enfant, argent satiné par excès de Scotch brite, anonyme.
Certaines ont traversé le siècle. Certaines sortent de l’atelier. Symbole suranné qui encombre les placards, ce soir j’ai sorti mes timbales pour les nettoyer.
Il est tard, je les range. Mes souvenirs avec - demain la Toussaint est finie, on passe à autre chose.