Sécotine and so on

blablabli, et blablabla...

28 octobre 2009

Morceaux choisis

Intérieur presque nuit, juste la bonne luminosité. Tu tétouilles distraitement et tes joues sont déjà couvertes d’un mélange baveux et lacté. Yeux dans les yeux. C’est le moment de te chanter quelque chose de doux. Attends, il me revient en mémoire ce vieux disque de Jacques Higelin, voila, piste 4, il est sur la platine. C’est une berceuse, écrite pour sa fille. C’est dans Illicite. Alors que tu suces à nouveau la tétine, je chante maladroitement les paroles, exhumées de ma mémoire – les mots butent, je suis en retard sur Jacques qui chante.
Oui, j’adorais cette chanson, j’avais 15 ans, je ne saisissais pas tout. Maintenant, ce soir, tu es dans mes bras, et tout est limpide. Il faut être maman, ou papa, pour entendre, vraiment entendre cette chanson. Tourne, tourne tes petites mains. Tu les regardes, tu agrippes mon doigt. Yeux dans les yeux.

Si tu savais, cet album Illicite, cadeau de Noël 1990, ou 91, je ne sais plus. La découverte de l’adolescence, un autre monde. Un monde de nouveautés, le champ des possibles peut être, des amies nouvelles et d’autres horizons, d’autres musiques. Tu sais, il fallait être un peu mystérieux, romantique, peut-être mystique. Se distinguer en écoutant Jacques Higelin en section littéraire, porter des Kickers et réciter Baudelaire. Savoir qui est Brigitte Fontaine plutôt qu’Axel Rose. Grandir tout simplement. S’approprier ces mélodies nouvelles à force d’écouter le disque. S’estimer à part et aimer cela. Frotter ses Kickers et renouer son foulard en soie indienne. Ecouter ces poètes modernes dans un vaste salon d’une maison déglinguée, habitée par un couple de quadra bohême. Se dire qu’on aimerait être comme cela plus tard. Faire fi du temps et de l’age, toujours être jeune et faire bruler du papier d’Arménie et des bâtons d’encens. Aimer cet univers qu’on n’apprivoise pas tout à fait, se sentir à l’aise avec ces adultes adolescents, eux-mêmes parents de mes amies.

Tourne encore tes petites mains, tu fais une pause. Tes joues sont si douces. Cette berceuse, je l’ai aussi chantée à ton frère, parce que depuis cette adolescence, j’ai cultivé cette petite dissonance. Et que les comptines pour enfants, je les ai souvent balayées. On peut écouter du Jacques Higelin à tout age, s’endormir avec Art Mengo, et tournoyer langoureusement avec son bébé sur John Lennon. Pour les petites mains, je n’ai pas encore trouvé mieux qu’Ainsi font les petites marionnettes.

Tu souris de ta bouche édentée, les accords de la chanson suivante sont cruellement datés, années 90, un léger rappel d’Eric Serra dans les arrangements. Peut être écouteras tu plus tard avec émotion ces vieux disques ? Ce passage là, pour moi, rappelle une grande ville de nuit sous la pluie d’automne. Ca pourrait être Paris tiens. Fin du disque – il est temps de quitter mes souvenirs, ma chambre de jeune fille, mes évasions intérieures désormais archivées, désormais lointaines. Intérieur nuit, lumières éteintes. Bonne nuit mon enfant, repose toi bien.

Posté par Secotine and so à 19:42 - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Ton texte m'étreint.

Merci Sécotine, merci.

Posté par Telle, 28 octobre 2009 à 21:39

Mais ? toujours pas de dent alors ???

Posté par Telle, 28 octobre 2009 à 21:40

Tu berces bien. J'ai la tête pleine d'images et les yeux qui se ferment... Merci !

Posté par Murielle, 28 octobre 2009 à 23:24

Arrivée par hasard.... découvert une petite merveille ! Bravo !

Posté par havoise, 29 octobre 2009 à 08:40

Tu es comme mon homme: il se refuse à mettre des comptines pour enfants mais plutot de "vieilles " chansons douces!

Posté par Andy, 29 octobre 2009 à 09:25

Il est beau ton billet tout simplement. Tellement de douceur, de douce nostalgie et de temps passé encore un peu présent à travers celle que tu es aujourd'hui.

Posté par caro, 29 octobre 2009 à 11:10

J'aime tes références... elles ressemblent aux miennes.... et seront aussi celles de la génération suivante...
BIZ

Posté par liaht, 29 octobre 2009 à 15:23

Il a de la chance d'avoir une maman qui partage ça avec lui ! Bon début dans la vie émotionellement et musicalement !

Posté par Emmanuelle, 30 octobre 2009 à 10:52

J'y reviens et je lis à nouveau...

Posté par Agathe, 31 octobre 2009 à 09:55

Le grand Jacques... Il m'a bercé comme tu as bercé ton enfant cette nuit.
C'était pas Illicite, c'était bien avant, c'était Alertez les bébés, et j'étais un peu plus âgée que ta Moiselle au creux du bras, je n'étais plus édentée.

Izia, de mémoire née le 24/09/90, comme le dit la chanson. Et c'est ainsi que ronde comme une pomme le 24/09/97 je m'attendais à accoucher, presque étonnée de pouvoir écrire mon histoire moi-même sans mettre mes pas dans ceux de ceux qui ont marché avant moi. Mais non, il est arrivé un peu plus tard, le 4/10, et il ne s'est pas appelé Izio

Posté par La Grenouille, 18 novembre 2009 à 00:37

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