30 juillet 2009
En avoir (ou pas ... et le bonheur de vivre sans)
Parce qu'elle m'a inspiré ce post...
Nos chemins se sont brusquement séparés, il y a 8 ans, lorsque mon quotidien a radicalement changé. Et ce du jour au lendemain.
Nous n'étions certes pas inséparables mais prenions date quotidiennement, elle me tenait informée de l'état du monde et je me laissais parfois aller devant une superproduction médiocre ...
J'étais aussi au courant, par spots de pubs interposés, de l'avancement du marketing dans les grands groupes industriels de ce monde, et de leurs meilleures tactiques pour nous refourguer leurs dernières inventions, toutes enrubannées de consumérisme.
J'avoue quelques addictions, par périodes, pour des séries plus ou moins intelligentes. L'addiction pouvait aller jusqu'à bousculer mon emploi du temps. Tu comprends, il faut que je sois rentrée à 18h pour ne pas rater l'épisode de ...
Elle m'ouvrait une fenêtre sur le monde, oui, mais une seule. Un seul son de cloche, une seule approche des choses. La subtilité consistant à comparer les journaux du soir entre la première et la deuxième chaine, évaluant laquelle des deux offrait le plus de propagande au gouvernement en place - cela ne m'a jamais amusée.
Bref, sous ses airs de "regarde moi, je vais te faire découvrir le monde", elle m'a formatée, comme tous ceux qui en possèdent une, soit 98% des français.
Et puis. Et puis elle a disparu, comme ça, du jour au lendemain. A partir de ce moment là, les soirées n'ont plus jamais été les mêmes. La vie sociale a fait son apparition, les amis sont restés plus tard et les discussions en tête à tête ont pu prendre plus de place, plutot que d'écouter la purée Claire-Chazalienne. Il était désormais question de choisir ce que j'allais lire ou voir, une initiative assez folle, qui consistait à ne plus laisser mon cerveau disponible aux magnats de TF1. En faire autre chose, pas forcément toujours très intelligent, mais au moins, j'aurai choisi moi même.
Pour ce qui est de la pub, les grands groupes ne m'atteignent désormais plus autant, et au delà du produit qu'ils promeuvent, je suis totalement à la ramasse pour ce qui est des styles graphiques utilisés, des slogans, des types de films publicitaires que l'on trouve...
Je suis aussi hors d'atteinte des séries style "Plus belle la vie", que je n'ai jamais, jamais vue, ou alors de tous les reality shows qui, parait ils, déferlent via le petit écran. J'ignore donc à quel degré bas se trouve le niveau ... Et j'ignore aussi tout de la vie privée de présentateurs, qui généralement n'étaient pas nés lorsque je regardais L'Ile aux Enfants.
Vivre sans, c'est aussi un certain nombre d'inconvénients, comme ne pas connaitre la tronche de nos gouvernants, et ce depuis presque 10 ans. Heureusement que le portrait du président est en mairie, sinon je passerais sans doute à coté ;-).
Vivre sans, c'est aussi se passer des images choc de notre monde, 11 septembre, tsunami, tremblements de terre, guerre en Irak, élection d'Obama. C'est vivre dans une jolie bulle décorée à mon gout, pratiquer mon auto censure. C'est découvrir, des années plus tard, les images vidéo de gens sautant des Twins en feu en visionnant Michael Moore. Les photos dans la presse écrite n'avaient jamais remplacé cette sensation d'horreur qui s'est nouée, ce jour là, dans mon ventre.
C'est aussi assumer une espèce d'étiquette "bobo" assez drole (qui consiste à lire parfois Le Monde, aimer Arte uniquement, s'informer un peu par internet et beaucoup sur France Inter), être en marge et sourire gentiment aux amis qui te disent "au fait tu as vu hier soir ...?".
Oui, être en marge. Se passer de télévision, c'est finalement vivre en marge de la société française, si diverse soit elle, mais qui partage au moins ce point commun là. Après, à chacun ses programmes, mais ne pas les connaitre du tout, c'est être vraiment ... ailleurs, hors des discussions et hors du circuit global.
Je vis avec des images, tout de même, mais je choisis, je trie, et bien sur dans mes choix, je paresse toujours parfois devant une superproduction américaine, quand même ...
La question sous-jacente, polémique s'il en est, c'est celle de la poule et l'oeuf... Du pain et des Jeux : les gens aiment ils vraiment, profondément, fondamentalement les programmes que je qualifie d'idiots, de leurs propres gouts et de leur propre chef, de leur libre arbitre ...? Ou bien, si on les nourrissait de manière autoritaire à des programme plus intelligents, finiraient ils par y trouver gout ? Les ouvriers soviétiques, en leur temps, lisaient tous Tolstoï dans le métro ...
(si le coeur vous en dit, vous pouvez ranger Voici et donner votre avis !)
21 juillet 2009
Le copain d'enfance
Il est assis là, sur ma terrasse, à coté de sa femme. J'aurai eu du mal à croire, il y a 25 ans, qu'on prendrait un jour un café ensemble en surveillant nos enfants jouer dans mon jardin.
Sur les photos de classe, il arbore le sourire charmeur des beaux petits garçons. Devenu adulte, il est un homme plutot pas mal de sa personne. Petit, il était un élève moyen - mais dans les boums, toutes les filles rêvaient de danser un slow avec lui. Aujourd'hui, il a fait sa carrière honorablement, et son épouse est aussi jolie qu'agréable. Ses enfants, bien élevées.
Nous passons en revue nos anciens camarades de classe, des prénoms tombés en désuétude, portés par des personnes que j'exhume du fond de mes souvenirs. Et que devient celui ci ? Et elle, tu la revois ?
Apparemment, oui, des anciens copains d'école primaire, il en revoit - beaucoup sont restés "dans le coin", peu sont partis loin. Les destins se croisent parfois de manière singulière, on fouille un peu dans nos mémoires ...
Je réalise alors combien je me suis éloignée de tout cela, j'ai mis les voiles tôt, suis partie ailleurs, plus loin, abonnée absente.
Ces années 80, aussi précieuses que lointaines désormais - ou l'on disait encore un "instituteur" - d'ailleurs croisé pas plus tard que la semaine dernière, me dit il, truculent personnage avec sa carte du Parti.
Oui en effet, il y a 25 ans, j'aurai eu du mal à croire qu'un jour, nos enfants, cette deuxième génération, inonderaient mon jardin de rires.
En attendant, dans le jardin, j'ai désormais un grand trou - nos enfants ont minutieusement pris la relève des bêtises en arrachant consciencieusement la pelouse toute fraiche.
17 juillet 2009
30 jours et 30 nuits
C'est tout ce qui reste. 30 jours et 30 nuits. Gouttes de temps dispersées à partager avec ce tout petit être. Petite parenthèse pas toujours enchantée, mais unique, ou l'on donne tout à son nourrisson.
Mes nuits. Mes jours. Mon temps.Ma patience.
Et bien sur, mon amour.
Et après ces dernières heures égrénées parfois trop vite, parfois trop longues, la vie normale reprendra son cours.
En attendant, il ne reste que 30 jours et 30 nuits à se regarder dans les yeux, à se chuchoter des choses tendres avant de couper le cordon.
Une deuxième fois.
02 juillet 2009
J'aime les orages
Je ne vous l'ai jamais dit ?
J'aime les orages.
Temps d'attente ou les noirs nuages habitent le ciel, épais et menaçants. Grondements annonciateurs, oui, l'orage arrive.
Alors je vais chercher dans mes souvenirs d'enfance ce vieux réflexe - on rentre dans la maison, on calfeutre, on ferme les portes.
La terre, encore chaude et paresseuse des journées d'été immobiles, reçoit quelques molles gouttes tièdes. La nature fait son affaire. Alors on plie les dernières chaises longues, on abrite les pots de fleurs, on jette un oeil inquiet aux poiriers chargés. Dernières foulées d'une course contre la montre.
L'averse tombe dru, et les éclairs disent la colère du ciel. Je compte, toujours je compte 1...2...3...4... entre les grondements du tonnerre et l'éclair. Dans ma tête d'enfant, je multiplie par 100 pour avoir, en mètres, la distance à laquelle se trouve l'orage. Je me suis sentie savante, le jour où Daddy m'a appris cela.
Les orages ponctuent la fin de journée. J'aimais installer un tabouret dehors à l'abri de la porte fênêtre de la cuisine pour profiter du spectacle. Cet interstice de plaisir mouillait abondamment le carrelage, dans la maison. Mais j'en souriais.
Les orages de soirée sont savoureux. Mon père fermait les portes et tirait les rideaux. On éteignait même la télévision "si les plombs sautent", et par précaution, on sortait les lampes de poche. Où sont les bougies ? Je ne trouve plus les alumettes.
Et puis, installés sur le canapé ou redécouvrant la maison à la lueur tremblottante d'une bougie, on attendait que passe l'orage.
Et l'orage passe...
Sans oublier cette histoire étrange que me racontait ma grand mère ... Dans les plaines polonaises, il y a très longtemps, les gens ramassaient les patates par un jour de très grosse chaleur. Et puis l'orage vint. Dans la plaine polonaise, un ramasseur fut foudroyé. Alors les autres creusèrent un trou dans le champ et installèrent le foudroyé dans la terre chaude, avec uniquement la tête qui dépassait du sol, pour le ramener à lui. Et cela fit effet.