28 janvier 2009
London calling, bis !
Merci pour vos commentaires les filles, mais vous me mettez une sacrée pression !!
Il y a deux jours, les green peas ont fondu dans ma bouche. Il ne manquait que les Mashed potatoes avec un Fish & Chips, de préférence de chez Fish, à Londres. Ou alors pris dans une cahute de Fish & Chips, à Newcastle, enveloppé dans un papier journal.
Il y a deux jours, un goût d’Angleterre est revenu dans ma bouche. Un délicieux goût sucré de petits pois d’un vert phosphorescent, ce même vert qu’arborent sans complexe moult londoniennes dans leur garde robe. Un vert excentrique, mariant allègrement les prairies bucoliques de John Constable et leurs cottages aux toits de chaume, un vieux rêve longtemps caressé et vite abandonné au vu des prix immobiliers sur le territoire de l’Albion, perfide.
Le même vert gazon ou presque, que celui de la couverture de Speak English, classe de 6ème, qui a rendu célèbre un jeune Brian, qui se trouvait dans la cuisine.
Cette phrase comportait déjà toutes les difficultés à venir. Diphtongues, imprononçable « th » pour nous Frenchies, prénom pas traduisible, ‘tags’ so british ou il est question de isn’t it placés à bon escient.
Ce vert, et toutes les autres couleurs aux noms délicats qui ont peuplé mes projets et souhaits, dès le premier catalogue Laura Ashley acheté en 1988. Les suivants viendront alimenter ma collection chaque été, à chaque traversée du Channel.
Le pied posé à Folkestone, je me sentais british jusqu’au bout des ongles, méprisant la gouaille indiscrète de mes compatriotes bleu-blanc-rouge, forts en gueule, gaulois sans retenue. A cet instant, je dénigrais les gènes latins de mon pays, adulant le coté anglo-saxon poli et retenu de ces anglais au teint si clair. A l’élégance unique. Aux stades de foot si orageux.
Me ruant chez Woolworth, Marks & Spencer ou Boots pour stocker quelques produits délicieusement exotiques, allant des chaussettes d’uniforme de collège aux sultana scones, Doc Martens pas chères achetées sur le marché de Sheffield.
Cette année là, je fis sensation, au lycée.
Je suis un peu trop jeune pour avoir connu l’Angleterre des Clash et des années punk, un peu trop jeune pour donner un sens aux grèves de 1984 et des années de fer Thatcheriennes, un peu trop jeune encore pour vraiment donner un sens au conflit avec l’Irlande du Nord.
Mais le cinéma s’est aussi chargé de parfaire mon éducation à ce sujet, complétant mes souvenirs de collégienne ou lycéenne …
Et puis vous avez peut être déjà lu ça .
Il y a une part de moi de l’autre coté du Channel …
23 janvier 2009
London Calling
J'aurai aimé avoir le temps de participer au challenge de Madame Capo mais ... le temps m'a manqué. Cependant, je ne renonce pas et vous livrerai ma version du God Save the Queen en candidate libre, juste pour le plaisir. Un peu plus tard, hein ...
La pluie, enfin ...
Discover Lloyd Cole!
Ce blog commence de plus en plus à ressembler à une chronique météo, mais j’avais envie de partager tout cela.
La pluie, enfin, a remplacé la neige ici, trempant et détrempant la campagne environnante, rendant plus menaçante la silhouette des arbres dénudés, attristant un hivernal paysage assez morose.
La pluie, enfin, qui lave et relave nos atmosphères, humidifie nos maisons et nous change d’un froid sec à la limite de l’astringent, la norme dans la région.
La pluie enfin, apanage météorologique qui me ramène à l’autre bout de la France, là ou les maisons de brique sont battues par le vent, humides en permanence.
Un bord de mer du Nord un peu perdu sous l’écrasant horizon, un petit village figé dans mes souvenirs.
L’avenue principale est bordée de dunes et les petites rues adjacentes se terminent dans un cul de sac balbutiant, frontière floue entre bitume et sable, trottoirs et oyats.
Les maisons ont un délicat parfum d’avant guerre, il s’en échappe un parfum de Jean Sablon et de Maurice Chevallier à travers les fenêtres aux montant délavés, carrelages frottés à grande eau et plaques nominatives en marbres tellement désuètes. « Villa Marguerite » ou « Mon abri ».
Il est là, mon paysage Norman Rockwell version franchouille, mes tableaux de Edward Hopper bleu blanc rouge, mon interprétation d’ « Un été 42 ». Modeste et génial, ce petit coin de France un peu perdu, qui berce l’histoire de ma famille depuis des décennies. En pointillé, désormais, hélas.
Loin des glorieux Touquet Paris Plage et autres stations balnéaires rutilantes, ici c’est une petite France mouillée de pluie qui subsiste.
Il y a souvent un coup de fil paternel qui me dit « je suis sur la plage et je suis tout seul », parce qu’il a la latitude de partir respirer l’immense horizon comme ça, le temps de quelques heures.
Il y a ma crainte d’être déçue, le jour ou j’y retournerai, par une urbanisation galopante et la colonisation inévitable des Pierre et Vacances. La peur de voir un golf pousser sur ces pans de sable encore pleins de barbelés du débarquement.
Je sais que tout cela est déjà fait. Je n’y échapperai pas. Mais sans doute avec la pluie, enfin, je pourrai y respirer un morceau de mon enfance.
14 janvier 2009
Fragments parallèles
Découvrez Black!
Posons le décor : une salle à manger, un matin de semaine. La table du petit déjeuner est mise et une certaine animation règne sur la scène entre les trois protagonistes, les deux parents et leur enfant. Celui ci agité, refuse de déjeuner, ses parents lui font remarquer entre deux bouchées que l’heure tourne. L’enfant remue sur sa chaise, papillone, les tartines passent de main en main, les bols se vident et oui, l’heure tourne.
Le père prend la pile de journaux, papier léger glacé aux couleurs criardes, vantant les promotions en cours dans tous les supermarchés du coin. La factrice dépose le lot dans les boites aux lettres le mardi. Il sort de son emballage plastique le petit catalogue du pépiniériste par correspondance, qui de page en page étale son choix très large de graines qui promettent des légumes éclatants de santé. La conversation tourne autour de ce qu’on plantera au printemps, dans un jardin ou la neige et la glace auront définitivement fondu, tournant la page d’un hiver qu’on dira rigoureux.
Oui, soudainement les parents se projettent au printemps, bêchant et retournant, envisageant quelques plants de ratte dans un carré voisin.
Il faudrait demander … ?
Et si on plantait … ?
Mais alors il faudrait déplacer les tomates …
Mais pour la vigne, on fait comment ?
Oui, de ce mince catalogue ou les choux-fleurs sont les stars naissent mille projets. D’un coup, elle se rappelle que ce n’est pas toujours l’hiver, que le jardin ne ressemble pas à ce champ de bataille un peu sale ou les bribes de neige subsistent entre quelques touffes hardies d’herbe.
Non, l’hiver ne lui pèse pas vraiment, mais la possibilité d’une autre saison lui revient en tête comme un fruit rafraîchissant.
Les projets sont donc là, les idées s’échafaudent, se construisent avec la perspective d’autres saisons et d’une vie de famille qui continue, se poursuit et s’enrichit.
A cette idée chaleureuse et douce, et toujours entre deux bouchées et injonctions à un enfant distrait, elle pose dans sa tête un calque sur sa réalité.
Le calque du film vu la veille au soir, « Coupable » de Laetitia Masson. Un drôle de film et une drôle d’ambiance, remplie de la vacuité des vies de couples ratées et d’existence qui un jour se sont croisées sans plus vraiment cheminer ensemble par la suite. Le tout, sur fond de résolution de crime à Saint Etienne. En hiver (un peu morose, je vous l’accorde).
Elle retire ce calque scénarisé pour rapprocher ses fragments d’existence de ceux d’autres couples, solides, qu’elle connaît. Du chêne imputrescible, qui tient deux personnes contre vents et marées, au fil des années, des rides et des écueils de la vie. Pourtant, les écueils, elle sait aussi ce que cela représente, ce que cela signifie et la fragilité à laquelle on est confronté à cet instant. Pour un peu, le fil ténu de Laetitia Masson peut faire irruption dans une vie réglée comme une partition mille fois jouée.
Elle apprend aussi ce matin, une fois l’épisode petit déjeuner fini, et alors que le soleil rayonne au-dessus des montagnes, qu’un de ces couples mythiques qui entre dans son entourage est en train d’être rongé par la maladie. Que restera t il, une fois cette parfaite unité défaite ?
La certitude d’avoir vécu quelque chose d’unique que nombre d’entre nous cherchent toute leur vie. De l’avoir trouvé et chéri. D’avoir eu le privilège du rare.
Je souris, en pensant que je fais, moi aussi partie de ces rares privilégiés.
12 janvier 2009
Ma vie sur le oueb
Découvrez Lloyd Cole!
Je me demande souvent comment mon père considère mon agilité à manier un ordinateur. Pas plus tard qu’hier, alors que je tripotais mille boutons et lançais d’autres programmes depuis mon Laptop sous ses yeux un peu perdus.
J’ai grandi avec, sans doute comme vous toutes/tous. Fait mes débuts avec l’Amstrad de l’école et puis un jour les PC sont arrivés dans nos foyers. Puis les profs ont exigé des mémoires tapés. Et puis le boulot. Et puis Internet.
Ma première adresse mail fut prestigieusement professionnelle. Depuis mon nom, mon prénom, et un hôte de belle facture internationale j’adressai dans un antique bureau avec vue sur un lac alpin un « e-mail » à un professeur qui ne répondit jamais. Sans doute ignorait il, en 1997, l’utilité d’un tel système. Le mémoire que je rédigeais sur la confiance dans les relations économiques n’en souffrit, heureusement, pas trop.
Il y a 10 ans seulement, mon employeur ne disposait que d’une adresse mail pour toute la société, et comme la connexion se facturait à la minute, on ouvrait la boite de réception une seule fois par jour pour répondre aux clients.
On hésitait souvent, avant de créer son propre mail sur Yahoo ou autres Hotmail, à donner sa réelle identité. Combien de CV d’étudiants ai-je vu passer avec des adresses suffisamment fantaisistes, qui en disaient long sur les personnalités ?
Sont arrivés les sites de réunions d’anciens élèves, puis les réseaux sociaux genre Copains d’avant ou désormais le presque incontournable Facebook. On s’inscrit, on retrouve des gens à qui on n’a pas forcément des tonnes de choses à dire sinon « je vais bien, j’habite là et j’ai tant d’enfants ».
En parallèle, les blogs. Sous couvert d’un anonymat relatif, vous et moi racontons ce que nous souhaitons.
Là où cela devient intéressant, c’est lorsqu’on passe, le temps d’un moment, du virtuel au réel. Lorsqu’une identité prend corps dans votre boite mail, celle avec un vrai nom. Parfois un numéro de téléphone. Et une voix bien vraie au bout.
Si les kilomètres le permettent, on peut même se retrouver à un arrêt de métro, déjeuner et se regarder pour de vrai. Repartir, le cœur léger, en pensant que c’est une fille géniale.
On aurait sans doute pu se croiser un jour dans la rue. Et si ça arrivait un jour, on ferait quoi ?
En bande son, une redécouverte qui me projette en 1989. Fin de l'enfance, jolie période malgré tout.
08 janvier 2009
Black out
Lorsque j’étais enfant, nous ne manquions de rien. Nous avions une maison, chauffée, de l’équipement en quantité, des vacances à foison. La vie coulait de source si facilement. Cette vie facile, faite de consommation et de vie capitaliste ne semblait jamais s’arrêter.
Le temps d’une génération, le monde a changé. A l’heure ou ma génération enfante, le monde n’est plus le même. Les équilibres ont évolué. Nous ne sommes plus les gentils, les redresseurs de tort, les bons. D’autres peuples, dans le monde, se chargent de nous le rappeler à chaque instant, parfois très violemment.
Nous avons pris intégré que la planète n’est plus éternelle, et nos enfants sont gavés d’une conscience écologique que nous n’avons pas reçue.
Pire, au cœur de l’hiver on nous annonce de potentielles ruptures d’approvisionnement en énergie, interdisant de reproduire auprès de nos enfants le schéma douillet d’une maison chauffée dans laquelle nous avons grandi.
Des schémas de science fiction m’assaillent parfois inutilement. On n’est ni dans Mad Max ni dans Soleil Vert et pas encore dans Wall-e.
Mais je n’arrive pas à être sereine…
05 janvier 2009
Grandir encore...
Parfois, je sursaute encore lorsqu'il m'appelle maman. La plupart du temps, ce nouvel identifiant me concernant est naturellement intégré, il ne me faut pas longtemps avant de répondre à l'enfant qui le prononce.
Souvent, je suis émerveillée de l'écouter me dire mille choses avec ses mots, élucubrer cent hypothèses en confondant les locutions, les pronoms, les conjonctions. Mais me tenir ses raisonnements à lui.
Souvent aussi, je souris en nous voyant tous les deux dans la glace joue contre joue, et en répétant mentalement les mots "c'est mon fils", comme si c'était encore celui d'une autre.
L'émotion me submerge encore parfois lors d'une étape franchie, comme ce samedi ou sa chambre a accueilli ce si joli lit Empire. Un petit garçon, un tout petit enfant dans ce lit, une histoire de famille qui connait un développement nouveau, comme un épisode inédit qui se tricote sous nos yeux.
Désormais, la chambre sent la cire et le lit, majestueux, sérieux, attend le sommeil du tout petit chaque soir.
A chaque jour ou il grandit, il m'échappe un peu plus. A chaque découverte, il cesse un peu plus d'être ce petit être qui s'est nourri de ma chair pendant 9 mois. Son père ne peut, et pour cause, comprendre le sens des mots "il a grandi dans mon ventre", mais toute femme qui a un jour porté la vie saura sans doute sourire de ces quelques mots.
A chaque pointure qu'on change, chaque pantalon qui raccourcit, chaque jouet plus évolué, chaque nouveau mot, il m'échappe un peu plus... J'ai été prévenue que l'école va me l'arracher un peu brutalement. Je me prépare à cette intrusion ou désormais, les Spiderman de la cour de récré auront force de loi, ou les chaussures à scratch seront la norme pour faciliter le travail des enseignants.
Chaque jour, lui et moi nous grandissons encore.
Et au moment ou je tape ce post, je réalise que mes mains sont toutes sèches et fripées. Un peu de crème, ce n'est rien, ça fera disparaitre la morsure du froid.
Mais ça, ce n'est déjà plus grandir.